L'Azerbaïdjan durcit les règles vestimentaires scolaires, des familles signalent que des élèves portant le foulard se voient refuser l'accès aux cours
En septembre 2026, le Conseil des ministres azerbaïdjanais a interdit aux élèves des écoles publiques les vêtements « incompatibles avec le principe de laïcité ». Le texte ne dit jamais hijab, mais plusieurs médias et critiques y voient une règle sur le foulard, et des familles signalent des filles empêchées d'entrer en classe.
Ni la modification de septembre du règlement de l'uniforme scolaire, ni le code vestimentaire des enseignants d'octobre ne nomment le hijab. Tous deux exigent que la tenue respecte le principe de laïcité, et des parents ainsi que des militants rapportent que des élèves portant le foulard se voient refuser l'accès aux cours.
Ce qui a été décidé
Juillet 2026. Le président a promulgué une modification de la loi sur l'éducation générale qui ajoute le caractère national et la laïcité aux principes du système d'enseignement général, et impose aux élèves et aux enseignants des écoles publiques de respecter les exigences vestimentaires. Un décret présidentiel du 22 juillet a chargé le Conseil des ministres de mettre à jour les règles vestimentaires.
21 septembre 2026. Le Conseil des ministres, sous la conduite du Premier ministre Ali Asadov, a modifié le règlement de l'uniforme scolaire (décision n° 309 selon les informations publiées, modifiant la décision n° 96 de 2022). Selon le texte publié par l'agence APA, il interdit aux élèves de porter des éléments vestimentaires qui rompent l'uniformité de l'uniforme prescrit, ou d'autres éléments non conformes au principe laïc de l'enseignement général. Les parents ou tuteurs doivent veiller au respect de la règle, et le conseil pédagogique de chaque école traite les questions de conformité. Le costume national est admis lors d'événements consacrés à l'histoire, à la culture et aux valeurs nationales, avec l'accord du conseil.
6 octobre 2026. Une résolution distincte du Conseil des ministres (n° 325) a approuvé un code vestimentaire pour les personnels éducatifs des écoles publiques : des tenues soignées, simples et de style professionnel, la direction de l'école étant chargée de veiller à leur respect. Elle exige aussi que la tenue des enseignants respecte le principe de laïcité. La résolution ne fixe pas de nouvelles prescriptions vestimentaires pour les élèves.
Ce que le texte ne dit pas
Le texte publié de la décision de septembre ne contient ni le mot « hijab » ni « foulard », et il ne définit pas quels éléments sont contraires au principe laïc. Les comptes rendus indiquent qu'il ne comporte aucune disposition permettant d'exclure un élève des cours. Plusieurs médias et critiques y voient une règle sur le foulard parce qu'un couvre-chef religieux ne figure pas parmi les éléments de l'uniforme qu'elle prescrit, et à cause de la manière dont les écoles l'ont appliqué.
Ce qui s'est passé dans les écoles
Cela n'a pas commencé en septembre. Dès la fin février 2026, des parents et des militants ont signalé que des filles portant un foulard étaient refusées à l'entrée. Début mars, un directeur à Gizilaghaj aurait refoulé trois élèves et, le 10 mars, la directrice de l'école n° 3 de Mehdiabad en aurait refoulé 23. Ce sont des chiffres issus d'incidents isolés, non des statistiques nationales. Des écoles de Khatai, de Sumgait et d'Imishli ont été citées, et deux enseignantes de Sumgait auraient été écartées le 15 mars. Le 31 mars, la restriction aurait été levée, sans annonce officielle, bien qu'au moins une école de Sumgait ait continué, dit-on, à l'appliquer en avril.
Après la décision de septembre, des parents ont de nouveau décrit des filles refoulées. Un parent de Sumgait a déclaré à Radio Azadliq : « Nos enfants ne sont pas autorisés à entrer à l'école à cause de nos convictions religieuses. » Le département de l'éducation de Bakou a affirmé que l'objectif était « un environnement éducatif discipliné, ordonné et égalitaire ». Aucun chiffre officiel du nombre de filles concernées n'a été publié.
Les élèves protestent en octobre
Les 9 et 10 octobre, plusieurs médias ont fait état de manifestations organisées par des élèves eux-mêmes. Selon des informations citées par OC Media et Caucasian Knot, des élèves de l'école n° 69 de Balakhany, une localité de Bakou, auraient refusé d'assister aux cours après que des camarades portant le foulard ont été refoulées ; selon JAMnews, une affiche exposée sur place disait « Le hijab n'est pas un obstacle à l'éducation ! » OC Media a aussi rapporté une protestation semblable à l'établissement d'enseignement secondaire B. Shiriyev, dans le village de Mollaoba, district de Masally. Les élèves auraient demandé que leurs camarades puissent de nouveau assister aux cours. Le 10 octobre, Al Jazeera a décrit des vidéos d'écoliers protestant devant les écoles et boycottant les cours. Les comptes rendus ne donnent aucun nombre de participants, et une partie de la couverture repose sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, sans que la vérification indépendante de tous les incidents soit établie.
Meydan TV a aussi rapporté qu'une enseignante portant le foulard à l'école n° 90 de Bakou avait été licenciée, sans dire quand. OC Media a indiqué que le ministère de l'Éducation n'avait pas répondu à ses demandes de commentaires sur les restrictions signalées. Le 9 octobre, le département de l'éducation de la ville de Bakou a annoncé des contrôles de conformité, en précisant que les directions d'école sont chargées de veiller à l'application et que les questions vestimentaires seraient renvoyées aux conseils pédagogiques ; il n'a pas abordé directement les plaintes relatives au foulard. Selon son épouse, le journaliste incarcéré Polad Aslanov a entamé une grève de la faim le 8 octobre pour protester contre les restrictions, et il aurait soutenu qu'elles violent l'article 48 de la Constitution, qui garantit la liberté de conscience.
De son côté, le député azerbaïdjanais Jeyhun Mamedov a déclaré que les changements visaient à éliminer les distinctions religieuses, ethniques et socio-économiques à l'école. La défenseure des droits humains Arzu Abdulla a souligné que le texte ne mentionnait pas expressément le hijab, mais a estimé qu'il visait implicitement le port du foulard.
Les réactions
Des juristes se demandent si l'exclusion d'élèves à cause du foulard est compatible avec le droit constitutionnel à l'éducation (article 42) et la liberté de conscience (article 48), en notant que la décision de septembre n'autorise pas expressément l'exclusion des cours. L'avocat Yalchin Imanov a déclaré que la législation azerbaïdjanaise « n'interdit pas spécifiquement le port du foulard ou de vêtements religieux à l'école ».
Le 22 septembre, le théologien Abgül Suleymanov a été arrêté. Le 24 septembre, un tribunal a ordonné 30 jours de détention administrative, pour des faits présumés de refus d'obtempérer à un agent de police, selon les informations publiées. Sa famille relie cette détention à ses publications Facebook critiquant les restrictions, dans lesquelles, selon OC Media, il écrivait qu'il préférerait la prison à une interdiction. Ce lien n'a pas été établi de manière indépendante, et aucune déclaration officielle n'a expliqué la détention.
Le même 22 septembre, le président turc Erdoğan a déclaré devant l'Assemblée générale de l'ONU que les interdictions du foulard à l'école sont « une attaque contre les droits les plus fondamentaux des femmes », sans nommer l'Azerbaïdjan. Le député turc Mustafa Yeneroğlu et le groupe Özgür-Der, qui a manifesté devant le consulat d'Azerbaïdjan à Istanbul, ont depuis exhorté Ankara à faire pression sur Bakou. Le gouvernement turc ne s'était pas exprimé publiquement sur ces règles azerbaïdjanaises au 3 octobre.
Ce n'est pas la première fois
Fin 2010, le ministère de l'Éducation a ordonné aux écoles de refuser les filles portant le hijab, invoquant les règles d'uniforme et la laïcité. Un rapport du département d'État américain le décrit comme une directive orale du 9 décembre. Des centaines de personnes ont manifesté devant le ministère le 10 décembre 2010 et la police a arrêté environ 16 personnes. Des manifestations ultérieures, en 2011 et en octobre 2012, ont entraîné des dizaines d'arrestations supplémentaires et des peines de prison pour certains participants. Le retrait de la mesure de 2010 a ensuite été rapporté, mais des comptes rendus de 2011 indiquent que les élèves portant le foulard n'étaient toujours pas admises dans les faits, et son statut administratif exact reste flou.
Le tableau plus large
L'Azerbaïdjan n'est pas une exception dans la région. Le Kazakhstan interdit depuis 2016 les éléments d'uniforme montrant une « appartenance religieuse », et les règles de l'Ouzbékistan nomment expressément le hijab et la kippa. Le Tadjikistan restreint ce type de vêtement bien au-delà de l'école. Ce qui distingue le cas azerbaïdjanais, d'après les informations disponibles, c'est que la règle est rédigée en termes généraux, laissée à l'interprétation de chaque école et appliquée de façon inégale.
Ce qui n'est pas établi
- Combien de filles ont été refusées à l'entrée, et si certaines ont perdu tout accès à la scolarité.
- Si les autorités préciseront que le foulard est visé, ou donneront des instructions aux écoles.
- Si les ordres signalés en mars provenaient des autorités de l'éducation, comme certains directeurs l'ont dit aux parents.
- Combien d'élèves ont participé aux protestations signalées, et si certains ont fait l'objet de sanctions disciplinaires.
Sources. OC Media, « Is Azerbaijan banning the hijab in public schools? » · JAMnews, 13 avril 2026 · JAMnews, 25 septembre 2026 · OC Media sur la détention de Suleymanov · OC Media sur le code vestimentaire des enseignants · APA, 21 septembre 2026 (en azéri) · Turkish Minute, 3 octobre 2026 · Turan, 10 octobre 2026 · Caspian Post, comparaison régionale · Département d'État américain, Rapport sur la liberté religieuse dans le monde 2010 · OC Media, grève scolaire · Caucasian Knot, 10 octobre 2026 · Al Jazeera, 10 octobre 2026
Informations arrêtées au 11 octobre 2026. La situation continue d'évoluer. La décision de septembre est décrite ici d'après le texte publié par des agences de presse, et non d'après le texte du journal officiel du Conseil des ministres.