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Le niqab n'est-il qu'une culture arabe ?

Non. La couverture du visage est documentée chez les femmes malaises bien avant le renouveau moderne : dans des récits coloniaux, des romans et des dictionnaires. Elle n'a jamais été universelle, et le niqab moderne est effectivement arrivé plus tard, mais la pratique n'était pas étrangère.

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Cette affirmation est suffisamment répandue en Malaisie pour mériter une réponse directe : selon elle, le niqab serait une importation arabe, jamais présente dans la pratique malaise, introduite par des prédicateurs ayant confondu coutume et religion. Elle a été avancée par des personnalités respectées, y compris l'argument selon lequel les premiers savants auraient apporté le vêtement islamique sous forme malaise sans imposer la purdah aux femmes.

Les sources ne le confirment pas.

Ce que montrent les sources

Huit lignées de preuves distinctes, aucune d'entre elles arabe, documentent la couverture du visage chez les femmes malaises, la traitant comme ordinaire plutôt que remarquable.

Deux sont des dictionnaires : le dictionnaire malais-anglais de Frank Swettenham, de la fin du XIXe siècle, définit kain tudung kepala comme un tissu enroulé autour de la tête et du visage, couvrant partiellement les traits ; celui de R. J. Wilkinson, du début du XXe siècle, définit kelumbung comme le fait de couvrir le visage ou la tête avec un tissu. Deux sont des romans d'Ahmad Rasyid Talu, écrivain proche du mouvement Kaum Muda, publiés en 1927 et 1929, décrivant tous deux des femmes malaises ajustant ou abandonnant une couverture du visage. Un journal, Pemimpin Malayu (1933), se plaint en vers qu'une femme « valant 100 » qui dévoile son visage ne vaut plus qu'une fraction de cette valeur — un témoignage relevant du commentaire social plutôt que de la description. Le Kamus Dewan fournit une phrase d'exemple : « Bibah est assise berkelubung, seuls ses yeux visibles. » L'écrivaine culturelle malaise Sharifah Azah Mohammad Alsagoff (2012) décrit le kain kelubung comme un tissu enroulé pour couvrir la tête et protéger le visage des regards lorsqu'une femme sortait. Et Kitab Alam Perempuan (1930), de Syed Sheikh al-Hadi, argumente explicitement contre le fait de couvrir tout le corps, y compris le visage, comme n'étant justifié par aucun texte du droit islamique — une opposition qui prouve en elle-même que la pratique existait de manière assez notoire pour être contestée.

Une neuvième lignée est de nature religieuse plutôt que sociale : l'idée que le visage devait être couvert constituait la position bien connue au sein de l'école Shāfiʿī, l'école suivie dans le monde malais, et elle apparaît dans des ouvrages religieux malais de l'époque, parmi eux le Naẓm Tanbīh al-Kuslā (1925), un abrégé versifié de croyance et de fiqh du Shaykh Aḥmad b. Ḥājī ʿAbd al-Raʾūf, premier Mufti de Malacca.

Le propos n'est pas que toute femme malaise couvrait son visage. Ce n'était pas le cas. Il est que la pratique existait, était reconnue, discutée, et possédait son propre vocabulaire bien avant que quiconque ne soit accusé de l'avoir importée.

Ce que les preuves ne montrent pas

Deux réserves s'appliquent, toutes deux reconnues directement.

Le niqab moderne en Malaisie s'est popularisé plus tard, en grande partie par l'intermédiaire du mouvement al-Arqam dans les années 1980. La pratique malaise plus ancienne recourait à des vêtements différents et ne s'inscrivait pas dans sa continuité. Pour certaines, voire la plupart, des femmes qui la pratiquaient, la couverture ancienne n'était même pas présentée comme une obligation religieuse : elle est décrite comme relevant de la pudeur et de la coutume, non des textes scripturaires.

La couverture du visage était également inégale selon les régions. Au Kelantan de la fin du XIXe et du début du XXe siècle en particulier, des femmes ont été observées non voilées — non seulement le visage, mais souvent aussi la tête, les épaules et le haut de la poitrine. Deux fonctionnaires coloniaux britanniques ont documenté cela directement : Hugh Clifford (1897) écrivait que les femmes du Kelantan laissaient « généralement » les épaules et le haut de la poitrine découverts, malgré un usage généreux de sarongs et de châles ; Walter Armstrong Graham (1908) décrivait la troisième pièce du vêtement ordinaire des femmes malaises (du Kelantan), un châle ample destiné à couvrir la tête, le visage et les épaules, comme étant habituellement laissée non portée. Les deux auteurs traitent cela comme propre au Kelantan : Clifford note, dans le même récit, que les Malais du Kelantan s'habillaient différemment des Malais d'ailleurs et étaient méprisés pour cela par les États voisins, et Graham attribue ce schéma à la proximité du Kelantan avec les coutumes siamoises, birmanes, cambodgiennes et mongoles plutôt qu'à l'enseignement islamique en général. Aucun des deux témoignages ne devrait être étendu au-delà du Kelantan à l'ensemble du monde malais.

La distinction en cause

« Non universel » et « non présent » sont deux affirmations distinctes. Les preuves soutiennent la première. L'objection affirme la seconde, et les sources la contredisent.

Une note sur le mot

Purdah est parfois rattaché à un furdah arabe supposé. Deux autres dérivations sont proposées, comme des alternatives plutôt que comme une chaîne : l'arabe burdah, ou pardah en persan, en hindi et en ourdou : un large tissu, un kisāʾ ou une couverture, porté comme un kelubung.

Aucune de ces dérivations n'est furdah. Cette étymologie erronée est parfois invoquée à l'appui de l'affirmation d'une importation arabe, ce qui rend sa correction plus qu'un simple exercice de pédantisme.

Vérifié 18 août 2026Dernière mise à jour 31 août 2026