Le voile facial dans l'histoire du Japon et de la Corée : des traditions distinctes, des frontières semblables
Le Japon et la Corée préindustriels connaissaient tous deux des coutumes selon lesquelles les femmes se couvraient le visage en public. Ces pratiques relevaient de codes locaux de pudeur, de hiérarchie sociale et de séparation des sexes, et non du droit islamique. Leurs formes, leurs significations et leur histoire diffèrent de celles du niqab.
Dans le Japon et la Corée préindustriels, les femmes se couvraient parfois le visage lorsqu'elles se déplaçaient ou paraissaient en public. Ces pratiques relevaient de coutumes locales liées à la pudeur, à la hiérarchie sociale et à la séparation des sexes, et non du droit islamique. Leurs formes, leurs significations et leur histoire diffèrent de celles du niqab.
Japon : chapeaux, étoffes et paravents
Au Japon, la manière de dissimuler le visage féminin a pris plusieurs formes entre les époques de Heian et de Kamakura. Les femmes évitaient de paraître le visage découvert à l'extérieur. Elles pouvaient porter un chapeau profond à large bord appelé ichimegasa ou un kazuki, une étoffe posée sur la tête et ramenée vers l'avant afin de dissimuler le visage. Les femmes de cour pouvaient également rester derrière des stores ou des paravents, ou encore se cacher derrière un éventail ou leurs longues manches plutôt que d'exposer directement leur visage.
D'autres coiffes apparues plus tard, comme le watabōshi, une coiffe de coton aplatie portée à l'origine pour se protéger du froid avant de servir également contre la poussière, et le tsunokakushi, issu d'une protection contre la poussière portée par les femmes de haut rang et les femmes de samouraïs, existent encore aujourd'hui. Leur usage est toutefois devenu exclusivement cérémoniel : elles sont désormais portées comme coiffes nuptiales et non comme vêtements de tous les jours.
Il n'a jamais existé de règle unique et uniforme. Les usages variaient selon les époques, le rang social, les lieux et les circonstances.
Corée : sseugaechima, jang-ot et myeonsa
Sous la dynastie Joseon, les femmes coréennes utilisaient plusieurs formes de sseugae, terme générique désignant différents couvre-chefs et voiles destinés à dissimuler le visage. Parmi eux figuraient le jang-ot, un manteau adapté pour être porté comme voile, et le sseugaechima, une sorte de châle drapé sur la tête et les épaules.
Dans le cadre de la coutume confucéenne du naeoe, fondée sur la séparation des sexes, des femmes appartenant à diverses classes sociales se couvraient le visage lors de déplacements prolongés hors du foyer, notamment après la tombée de la nuit. Les femmes de haut rang qui voyageaient de jour avaient plus souvent recours à un palanquin.
Le myeonsa, un voile de soie fine descendant de la tête jusqu'au corps, est parfois présenté comme un vêtement de voyage courant. Les sources historiques en donnent toutefois une image plus précise : il s'agissait surtout d'un vêtement formel et cérémoniel, distinct du neoul utilisé pour les déplacements à cheval. Les versions portées à la cour et celles destinées à un usage civil différaient par leur matière et leurs ornements, selon le rang social.
Pourquoi ces coutumes ont changé
Le voile facial coréen a fortement décliné au début du XXe siècle. Vers 1911, l'école de jeunes filles Baehwa a commencé à remplacer les voiles par des ombrelles noires, dans une phase de transition qui fut ensuite progressivement abandonnée par les élèves. Les ombrelles se sont alors imposées comme accessoires ordinaires pour les sorties.
Cette évolution ne s'est toutefois pas produite partout au même rythme. Les communautés rurales et plus conservatrices ont résisté à ce changement jusque dans les années 1920 et 1930. Dans certaines régions rurales, la pratique s'est même maintenue jusque dans les années 1950, alors qu'elle avait largement disparu des villes dès les années 1930.
Les voiles japonais qui ont survécu ont suivi une autre trajectoire. Au lieu de disparaître complètement, ils ont été cantonnés à des usages cérémoniels et ne subsistent aujourd'hui que comme coiffes nuptiales.
Une comparaison qui a ses limites
Une comparaison reste possible : des sociétés bien au-delà du monde musulman ont développé des pratiques encadrant la visibilité des femmes dans l'espace public. Le même constat peut être fait pour l'Arabie préislamique. Cette comparaison doit toutefois rester mesurée.
Un kazuki de l'époque de Heian, un jang-ot de la période Joseon et un niqab appartiennent à des histoires religieuses, juridiques et sociales différentes. Ils sont issus de contextes distincts, répondent à des logiques formulées différemment et obéissent à des normes qui ne sont pas les mêmes. Une ressemblance visuelle ne suffit donc à établir ni une origine commune, ni une doctrine commune, ni une signification identique.
Sources. National Diet Library of Japan — histoire de la culture nuptiale · Kotobank — kaburimono (couvre-chefs) · Korean Culture Portal — sseugaechima · National Institute of Korean History — voiles faciaux féminins et naeo-oe · Academy of Korean Studies — myeonsa