Une université islamique interdit le cadar — puis revient sur sa décision en un mois
En février 2018, l'UIN Sunan Kalijaga, à Yogyakarta, a ordonné un « accompagnement » des étudiantes portant le cadar, avec l'exclusion comme aboutissement possible. Après une réaction nationale, y compris de la part du ministère des Affaires religieuses lui-même, le recteur l'a révoquée le 10 mars 2018.
En Indonésie, le voile facial est appelé cadar — le même mot qui désigne un drap de lit en malais de Malaisie, un piège de traduction traité par ailleurs sur ce site. L'épisode de restriction le plus suivi du pays s'est produit non pas dans une institution laïque, mais dans une université islamique d'État.
L'interdiction
En février 2018, l'UIN Sunan Kalijaga, à Yogyakarta — une université islamique d'État — a publié une instruction du recteur ordonnant l'« accompagnement » (pembinaan) des étudiantes portant le cadar : elles devaient être conseillées, et celles qui conserveraient le voile s'exposaient à un renvoi. La préoccupation invoquée était la radicalisation — le fait que des étudiantes seraient attirées vers des mouvements idéologiques particuliers.
La réaction
La réaction a été nationale. Une membre du conseil représentatif régional, Fahira Idris, s'est publiquement opposée à cette politique. Le directeur général de l'enseignement islamique au ministère des Affaires religieuses a reconnu que, quelle que soit la préoccupation liée à la radicalisation, rien dans le droit islamique ne fonde l'interdiction de porter un cadar. L'UIN Sumatera Utara, à Medan, a expressément refusé de suivre cette voie, faisant valoir qu'aucun règlement ne prime sur la garantie constitutionnelle de la pratique religieuse.
La révocation
Le 10 mars 2018, le recteur Yudian Wahyudi a révoqué l'instruction par une lettre (numéro B-1679/Un.02/R/AK.00.3/03/2018), invoquant la nécessité de préserver « un climat académique propice ». L'interdiction avait duré environ un mois.
Pourquoi il vaut la peine de garder cet épisode en mémoire
Cet épisode condense tout le débat sur les restrictions en un seul campus : une justification sécuritaire, un contre-argument d'autorité religieuse, une rivalité institutionnelle, et un revirement rapide sous la pression de l'opinion publique. Il montre aussi le débat se déroulant à l'intérieur des institutions musulmanes — le même schéma que ce site relève pour l'Asie centrale, à rebours de l'idée que la restriction ne serait imposée aux musulmans que de l'extérieur.
Sources. CNN Indonesia · Kumparan · Republika